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Inédit : un extrait de "sur la route du Zen"

Chaque mois, découvrez un chapitre inédit de mon nouveau recueil d'aphorismes intitulé "sur la route du Zen". Ce mois-ci le chapitre 5 : la vie matérielle (2ème partie).


Nous sommes en permanence en contact, sur notre peau et dans notre corps, avec la plupart des microbes habituels de notre environnement – c'est-à-dire pour ce qui me concerne celui de l'Europe occidentale – qui sont quiescents en attendant de pouvoir être utiles à quelque chose.

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Que serions-nous sans les bactéries ? Rien. Nous n'existerions même pas.

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Vive les microbes ! Comme dit la fable, on a toujours besoin d'un plus petit que soi.

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Pour vivre heureux, vivons cachés (particulièrement dans le monde moderne hyper connecté où l'on pourrait tout savoir de nous en quelques clics).

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Un animal malade ou blessé est un animal en danger de mort car il devient une proie plus facile vu qu'il est affaibli. De là vient sans doute notre si grande peur de la maladie.

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Dans notre société d'image, avoir l'air malade est aussi grave qu'être malade.

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Or à combien de maladies avez-vous déjà survécu depuis votre naissance ? Des dizaines, des centaines.

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La première règle à suivre pour bien vivre une maladie est d'accepter d'être malade.

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En apparence, nous sommes forts. Pourtant un seul mot, une chiquenaude peut suffire à nous abattre. La vraie force, c'est de connaître nos faiblesses, de savoir à quel point nous sommes fragiles.

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Les trois états de la matière font tourner l'univers infini de la création. L'état gazeux correspond à la petite enfance. Il symbolise la plus grande liberté possible, la créativité débridée et à l'état pur. C'est néanmoins l'état le plus fragile, le plus instable. L'état liquide correspond à l'enfance et à l'adolescence, à l'école, ses apprentissages, ses contraintes. L'état solide correspond à la vie adulte et symbolise la logique, la planification, la rigueur (la rigidité). C'est lui qui assure l'avenir. Mais pour créer durablement, les trois états sont nécessaires, dans un perpétuel recommencement. Dans la vie, on vise toujours à faire du solide, mais en sachant que demain on devra innover en reconstruisant à partir de l'état gazeux. Ce n'est pas pour rien que cette étape soit nommée la sublimation. C'est l'équilibre ambivalent de la vie sublimée.

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Apprenons à connaître nos points de fusion personnels, de liquéfaction. Nous pourrons ainsi sublimer notre vie.

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Nous sommes le feu, nés du feu, porteurs du feu, incendiaires, notre destin est d'y retourner.

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Être humain = être créateur.

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Travailler seul à son art n'est qu'une partie du travail de l'artiste ; l'autre partie, tout aussi importante, est la communication avec les autres. Comment va-t-il s'y prendre l'artiste ?

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Si l'on veut arriver au bout de l'écriture d'un roman (de la réalisation de toute œuvre en général), il vaut mieux ne tenir aucunement compte de ce qu'en pensent les autres.

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Quand on est mort, on ne crée plus. Quand on ne crée plus, on est mort.

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Le dénouement de notre vie se fait dans le dénuement le plus total. On meurt tout nu, tout sec et tout racrapoté.

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Elle est dure la vie, mais il n'y a rien de mieux que cette vie-là.

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On n'a pas d'autre choix que de prendre la réalité telle qu'elle est. Si elle est sale, elle est sale.

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La vie rêvée, c'est sans interférence extérieure, pour pouvoir construire sa petite maison tranquille. Mais ce n'est qu'un rêve.

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La vie ne vit qu'une fois, alors que la mort est éternelle.

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Quel est le témoin le plus incontestable de notre vie, de nos actes, de nos travaux, de notre œuvre, de nos découvertes, de ce que nous sommes le plus intimement ? C'est notre enfant bien sûr.

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Tout se passe en un instant. Un instant qui suit la jouissance. L'accouplement de l'ovule et du spermatozoïde. Tout est là. La vie entière, passée, présente et future. La mémoire de la création du monde. Toutes les solutions de survie des ancêtres. Ensuite, il n'y a plus qu'à accompagner le nouvel être dans sa croissance et continuer d'aimer cet instant. Faire un enfant, c'est cela : un long orgasme.

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Mettre un enfant au monde, c'est accepter qu'un jour il nous remplace. C'est sans doute la raison pour laquelle beaucoup de parents s'acharnent à infantiliser leurs enfants le plus longtemps possible.

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On fait un enfant en vue de le rendre libre, de l'affranchir, de le délivrer, de l'absoudre, de s'acquitter d'un vœu.

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Un enfant qui n'est que « techniqué » (nourri, chauffé et soigné sans affection ni langage) meurt.

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Il n'y a pas de relation plus intime que celle de faire un enfant, à la fois avec le (la) partenaire (avec qui nous partageons ce projet) et avec l'enfant (la chair de notre chair).